Dans une de ses récentes sorties médiatiques, le Haut-Commissariat à l’Amazighité a parlé d’un projet ayant trait à l’unification terminologique et lexicale. Pouvez-vous nous en dire davantage? En effet, cette idée a été dévoilée lors d’un symposium tenu sous ma direction et lequel a réuni un panel de spécialistes. Pourquoi cette unification ? Il serait judicieux de rappeler que les premières recherches ont été axées sur la grammaire. Maintenant que tamazight est enseigné, nous sommes confrontés à un problème d’hypo-fonctionnalité. En termes de lexique, énormément de mots ont disparu. Même les archaïsmes ne semblent plus utilisables aujourd’hui. Conséquence : on doit faire face à ce manque. Rappelons que des travaux, individuels ou collectifs ont été entamés pour créer de nouveaux mots appelés les néologismes. Outre la création, il y a eu, également, la réactivation des archaïsmes. Mais, l’urgence est d’installer un centre de terminologie pour réguler toute cette création. Le plus difficile est déjà fait. Selon les universitaires et chercheurs, 70% du lexique en tamazight est déjà unifié. On veut continuer avec le reste en partant sur une base commune. Dans votre intervention, vous avez relevé quelques chiffres probants. Dix-sept ans après son introduction dans l’enseignement, la langue amazigh dispose, en 2012, de 1.551 enseignants, appelés à encadrer 225.210 apprenants. Un grand pas vers l’avenir ? L’apport positif d’une langue maternelle est des plus importants. ça motive et donne confiance à l’enfant. Pour revenir à votre question, je dirai qu’il y a une progression statistique, mais elle n’est mise en évidence que dans la Kabylie. Et c’est à ce niveau que les travaux doivent être concentrés. Quel sera votre cheval de bataille au sein du HCA pour que tamazight trouve sa place dans d’autres wilayas ? A mon avis, tous les ministères doivent conjuguer leurs efforts pour aboutir à une conclusion importante. En premier lieu, il y a le département de l’Education nationale mais aussi celui de l’Enseignement supérieur. Il faut qu’il y ait un pont entre ces deux ministères. Vous avez également fait part de l’importance de la formation des formateurs. Un commentaire ? L’essentiel de l’encadrement de l’enseignement de tamazight vient des départements de langue et culture amazigh. Or, le problème de formation est posé par les titulaires de licences libres qui ne sont pas destinés à l’enseignement. Ils feront face à des enfants et il leur faut des modules de périphérique, de psychopédagogique… et de didactique. Il y a certes des efforts au niveau des départements. Est-ce suffisant ? Un travail titanesque doit être fait au sein des ENS et ex-ITE. Propos recueillis par Fouad Ir | El Moudjahid – 6 septembre 2012