«La dimension amazigh dans l’identité nationale, facteur de cohésion sociale» est l’intitulé du colloque tenu par le Haut Commissariat à l’amazighité, les 17 et 18, à l’université Kasdi-Merbah de Ouargla, en présence du recteur de l’université, du représentant du wali, du représentant de l’Assemblée populaire de la wilaya et de M. Assad Si L’Hachemi, du Haut Commissariat à l’amazighité.
Dans son allocution d’ouverture M. Assad Si L’Hachemi a souligné que «la tenue de ce colloque coïncide avec le 17 octobre 1961, et avec la célébration du cinquantième anniversaire de l’indépendance nationale.
La dimension amazigh est une «composante fondamentale» de l'identité nationale. Elle a toujours été un enjeu politique au lieu d’être vécue naturellement comme un substrat de l’identité nationale actuelle : plurilingue, musulmane et moderne, avec un ancrage spécifique dans les traditions et us ancestraux. Tel était le constat des conférenciers ayant participé à ce colloque, à l’instar du docteur et maître de conférence Saïd Saidi qui est revenu sur l’existence de la langue amazigh parmi les autres langues vivantes. «La langue amazigh est plus ancienne que l’anglais, le français, l’espagnol, l’italien… Mais cette pérennité n’a pas été la conséquence d’une connaissance quelconque par telle ou telle autre institution», souligne-t-il tout en précisant que ce qui a sauvegardé la langue amazigh aussi longtemps, c’est son oralité. Et de par cette caractéristique qu’elle partage avec des milliers d’autres langues dans le monde, elle a heureusement échappé au champ des institutions et de l’officialisation qui n’ont d’autres fonctions que de confisquer la langue, la parole, la sincérité, la communication spontanée de l’authenticité, en proposant un modèle de langue valorisé au détriment de tous les autres.
Pour sa part, le professeur Hacen Halouane a essayé de montrer le lien entre la langue, la culture et l’identité, ainsi que leur interaction. Il a bien précisé que si l’identité d’appartenance à une sphère socioculturelle particulière, à un moment où l’appartenance à un ensemble «national» peut se défaire pour diverses raisons, à un moment où les particularismes physiques se diluent par les brassages multiples, où les croyances diverses fluctuent au gré du moment et en fonction du plus offrant financièrement parlant, alors que reste-t-il pour déterminer une quelconque appartenance, pour se prévaloir de telle ou telle autre identité ? «Chaque langue dit un monde, toute agression envers une langue constitue une atteinte à une culture et par conséquent c’est une tentative d’appauvrissement de la richesse humaine, tout déni d’identité est une atteinte à la diversité de l’espèce humaine dans sa globalité. C’est dans ce sens que la défense des langues, de toutes les langues devrait constituer un souci majeur de l’humanité», souligne-t-il.
Par ailleurs, le maître de conférence et professeur Nabti a accentué son intervention sur le mythe kabyle, construction coloniale et résonance postcoloniale. Où il a donné en premier lieu la définition du mythe qui est un récit symbolique sacré, allégorique, qui essaie d’apporter une interprétation cohérente des faits naturels et historiques, afin de répondre aux interrogations métaphysiques des hommes. M. Nabti expose aussi ce qui est le mythe kabyle tout en l’associant par la stratégie employée par le colonialisme pour instaurer la différence entre les «Kabyles» et les «Arabes» en montrant toujours que les Kabyles sont mieux que les Arabes et qu’il sont supérieurs, intelligents, laboureurs… dans le but de diviser le peuple algérien er de créer le sens du racisme entre les Algériens.
L'une des missions prises en charge actuellement et défendues par les professionnels de tamazight, consiste à valoriser les expressions culturelles, patrimoniales et artistiques amazigh afin qu'elles ne soient pas léguées à l'oubli, à la déformation ou à la dégradation. L’usage de cette langue ne peut s’articuler indépendamment des valeurs émanant d’un univers culturel de référence. La transposition de cet univers culturel et identitaire est introduit progressivement dans l’acte pédagogique et est présente dans divers programmes et manuels destinés à l’enseignement, l’apprentissage de tamazight.
Kafia Aït-Allouache (Envoyée spéciale) | El Moudjahid - 20.10.2012