L’entreprise médiatique amazighophone entre défi, modernité et réalité

Sous l’égide du ministère de la Communication et du Haut Commissariat à l’Amazighité, une publication datant d’une année, regroupant quelque vingt-six communications s’intéressant au rôle et à l’implication, dans l’utilisation médiatique, de la langue berbère en Algérie, nous est récemment parvenue à la rédaction. Il importe aujourd’hui de rassembler dans un ouvrage qui fixe définitivement certains questionnements, opinions et réflexions d’éminents spécialistes dans ce domaine que l’on rencontre rarement dans la capitale à l’occasion d’une conférence ou d’un séminaire. C’est chose faite, cette fois, avec la sortie des Actes de Colloque international qui a réuni de grands chercheurs du Maghreb, d’Amérique et d’Europe pour établir des échanges fructueux sur la question autour d’une même table ronde, à la maison de la culture d’Azazga (Tizi-Ouzou), du 7 juin au 9 juin 2014. Dans son allocution d’ouverture, le ministre de la Communication, Hamid Grine, tout en saluant l’initiative de cette rencontre sur le thème «Tamazight et les médias», a avant tout rappelé que l’essence même d’un média est de communiquer dans la langue de l’auditoire pour lequel il est destiné, sachant que dans beaucoup de villages de l’intérieur du pays les langues parlées et véhiculées dans le commerce, la vie publique et à l’intérieur des maison est bien le berbère, dans ses variantes, maintenant identifiées sur le plan strictement linguistique d’où la nécessité, pour les pouvoirs publics, de prendre en charge effectivement ce paramètre non négligeable dans la vie culturelle et économique des sociétés berbérophones : «L’implantation des radios locales dans les 48 wilayas du pays a permis jusqu’à présent l’introduction de tamazight dans vingt-quatre stations. Le mois prochain, elles seront vingt-cinq, avec l’introduction de la variante chelhi dans la station locale d’El-Bayed. La diversité des variantes amazighes se manifeste davantage dans les stations de radio locales. Ces variantes sont au nombre de huit, ainsi déclinées : le kabyle, le chaoui, le targui, le chenoui, le mozabite, le znati, l’ouargli, l’hassani et, enfin, le chelhi», avance le ministre, avant d’ajouter : «En 1996, il y a eu l’introduction d’un journal télévisé en tamazight jusqu’à la création, enfin et en 2009, de la chaîne 4, non sans difficultés, en raison de contraintes objectives liées, notamment, à la rareté de la ressource humaine spécialisée et l’offre réduite en matière de production audiovisuelle. Cela n’a pas empêché cette chaîne de s’imposer, en termes d’audimat, en Algérie et même au-delà.»

De nouvelles logiques de fond

Plus loin, ce dernier ajoute : «Mon département s’attelle actuellement à la mise en œuvre d’un vaste programme destiné à l’ensemble des professionnels des médias et qui sera renforcé par un autre programme, prévu dans le cadre du plan national de développement 2015-2019.» Pour sa part, le wali de Tizi-Ouzou, Abdelkader Bouazghi, tout en appuyant son discours d’allocution sur l’actualité d’un tel thème pour les Algériens, souligne la place que devrait occuper les médias amazighophones par rapport aux moyens de la communication et autres technologies de l’information. Il s’est, en outre, félicité de la protection de l’amazighité en tant que composante de l’identité nationale, et ce grâce aux efforts du HCA, à sa tête Si El-Hachemi Assad, dans la promotion de la langue dans le domaine cinématographique, de l’écriture littéraire et autre et y compris son introduction dans l’Internet et la création d’un clavier amazigh, déjà disponible, et l’inscription de tamazight dans le moteur de recherche de Google. Prenant à son tour la parole, le responsable du HCA posera, quant à lui, la problématique en termes de droit à la communication en langue amazighe si l’on se penche sur tous les principes qui restent à construire et les usages à développer au sein de la société algérienne : «Après plus d’un demi-siècle de l’indépendance nationale, la société algérienne est mise dans le domaine des médias et de la communication face à de nouveaux défis. Ces défis tiennent des usages sociaux et politiques des médias, produits des dimensions toujours plus fournies et diversifiées. Leurs entreprises de production et de diffusion relèvent des capacités endogènes, publiques et privées, et exogènes, dont la profusion a été boostée par l’avènement d’Internet, matrice de médias-monde irriguant la planète», dit l’intervenant, à propos des usages de la langue, avant d’ajouter un souhait qui réaliserait, pour les promoteurs de l’amazigh, un bond considérable en avant : «Dans le même temps, les usages des langues nationales se retrouvent en situation de profonde mutation. C’est ici l’épicentre de questionnements et de sondes nouvelles proposées à l’affinage des participations à la rencontre des 7 et 8 juin. Tamazight, promue langue nationale, est au cœur de cette cible. Langues et langages : leurs interpénétrations dans le domaine des médias fondent -à travers le monde- de nouvelles logiques de fond». Au cours de ce Colloque, divers chercheurs et chercheuses ont tenté d’intervenir suivant six axes proposés à la réflexion. Premièrement, la mise en situation historique, législative et réglementaire, institutionnelle des questions d’usages dans les médias. Deuxièmement, la mise en situation globale des questions de langues, langages et communication en Algérie et dans les pays voisins. Le troisième point concernait les connaissances des réalités nationales et étrangères dans les entreprises médiatiques amazighophones. Le quatrième axe s’est intéressé aux activités des professionnels entre l’expérience nationale et celles étrangères. Le cinquième point tournait autour des contenus de la production de ces langages vernaculaires, avec un impératif de les soumettre à une nouvelle forme de modernisation et, enfin, le sixième axe de réflexion concernait l’avènement et les usages élargis des nouveaux médias et le défi qu’ils représentent pour la langue amazighe.

Lynda Graba El Moudjahid du lundi 20 juillet 2015