Il est important, selon les intervenants, de cerner le champ d’action du traducteur qui doit, à tout moment, tenir compte des contextes social, sociétal et linguistique tant pour le texte d’origine que pour la langue ciblée. Il en est ainsi des adages, des idiomes, des proverbes, des insinuations linguistiques que l’on ne trouve pas forcément dans la langue française ou autre. Idem pour la traduction des textes écrits en tamazight. Dans son «essai d’analyse», Bouchtart Abdelwahab, un enseignant d’Agadir (Maroc) a présenté la traduction en tamazigh de «L’Ane d’or» de Akounad et de M. Oussouss, comme modèle pour l’analyse de l’acte de traduire. Mansouri Habib Allah, inspecteur de tamazight à Tizi-Ouzou, et Yachou Sanae, professeur de l’enseignement supérieur à l’université Mohamed i (Maroc) ont soulevé les points problématiques et insisté sur la nécessité de traduire Apulée pour le lectorat berbérophone.

 Vulgarisation de la pensée d’Apulée

La cérémonie de clôture de cet événement majeur pour la wilaya de Souk Ahras a été organisée à M’daourouch (Madaure), un choix symbolique, dira l’un des conférenciers pour que cette fierté universelle, méditerranéenne, maghrébine, algérienne soit d’abord ressentie par les enfants de la ville natale d’Apulée. Les recommandations du colloque, au nombre de six, ont toutes plaidé en faveur d’un principe : perpétuer la culture amazighe. La vulgarisation de la pensée d’Apulée par la réédition de ses œuvres, la traduction, leur adaptation au théâtre et au cinéma en fait partie. L’intégration des textes d’Apulée et autres auteurs dans les manuels scolaires, et ce, dans le sillage de l’algérianisation de l’école, imprimer des documents à l’effigie de l’écrivain de l’antique Madaure, replacer les textes dans leur lecture d’origine et associer les pays concernés par ce legs universel aux différentes manifestations culturelles du genre ont été les autres points répertoriés par le Haut Commissariat à l’Amazighité (HCA) à la fin de ce rendez-vous.

Abderrahmane Djafri El Watan du mardi 2 juin 2015 Apulee_10

 Des universitaires le soulignent à l’université de Souk Ahras :

l’œuvre d’Apulée a l’âme «typiquement algérienne»

 L’interculturalité visible dans l’œuvre majeure d’Apulée, L’Ane d’or ou les Métamorphoses, renferme un important potentiel pour «éduquer la curiosité dans un monde globalisé et complexe», a estimé, dimanche à Souk Ahras, l’universitaire Amine Harbi de l’université Mohamed Cherif Messaâdia. Au cours d’une communication intitulée «La curiosité est un divin défaut», présentée au deuxième jour du colloque international «Regards croisés sur Apulée de Madaure», A. Harbi a considéré que la «curiosité» et «l’acceptation du risque dans la quête de la connaissance et de la vérité» ont été «le moteur qui guida Apulée tout au long de son œuvre». Il a ajouté, dans le même contexte, que le récit de l’auteur qui a reçu «une éducation libérale et ouverte sur les cultures des autres», débutant par une «curiosité sur la magie» s’est étoffé pour illustrer une évidente interculturalité pour «s’ouvrir sur l’autre et accepter de vivre ensemble». Dans un va-et-vient entre le passé lointain et le présent, l’universitaire a souligné que «l’hyperspécialisation» dans l’éducation et dans le travail, ainsi que le rythme effréné de la vie moderne «freinent», aujourd’hui, la curiosité des apprenants, en précisant que l’œuvre d’Apulée a l’âme «typiquement algérienne» caractérisée par un «humour cru et un rythme chaotique et jazzique», devrait occuper la place qu’elle mérite dans la «fondation d’une culture de l’interculturalité et de la curiosité sur soi, sur autrui, et sur le monde». De son côté, Sonia Sabnis, du Reed Collège de Portland (Etats-Unis) a évoqué, dans une conférence intitulée «Une lecture littéraire de l’œuvre d’Apulée», que l’érudit originaire de Madaure, même s’il était ouvert aux cultures des autres, se plaisait à «exhiber» ses origines berbères. Elle a précisé qu’Apulée, qui se définissait comme «demi Numide-demi Gétule», en référence aux autochtones de l’Afrique du Nord, soulignait dans ses écrits que les principes sur lesquels se fonde une existence demeurent «l’élément essentiel» dans l’évaluation de l’être humain. D’autre part, les conférenciers ont relevé que l’œuvre d’Apulée, L’Ane d’or ou les Métamorphoses renferme plusieurs éléments renseignant «sur l’identité amazighe de celui qui offrit à l’humanité son premier roman», a indiqué Hassan Banhakeia, de l’université de Nador (Maroc). Au cours d’une communication portant sur «L’amazighité dans l’œuvre d’Apulée». Cet universitaire a précisé qu’en dépit de sa maîtrise de la langue latine, l’auteur se définit comme «demi Numide et demi Gétule» en soulignant qu’Apulée est considéré comme «doublement Amazigh», Banhakeia a également souligné que le texte d’Apulée, rédigé lors de son procès pour crime de magie, comprend une «quantité de renseignements sur l’auteur, la magie et la vie en Afrique au deuxième siècle» et que ce texte est «d’un grand intérêt historique» pour les chercheurs et universitaires qui se sont penchés sur l’homme, ses origines et ses œuvres. Il a également indiqué que les origines amazighes d’Apulée sont «manifestes» dans ses textes écrits en latin et «à plusieurs niveaux de la narration», notamment à travers l’exploitation des éléments culturels comme le laurier, le puits et le hibou, éléments employés «selon l’acception nord-africaine de ces termes». Les participants au colloque ont mis en exergue, lors du débat, l’importance de traduction en Tamazight de l’œuvre d’Apulée de Madaure, et souligné la nécessité d’intensifier les recherches et les études comparées sur les onze tomes de l’Ane d’or ou les Métamorphoses.

Synthèse Z. A. M et APS El Watan du mercredi 3 juin 2015 Apulee_11