Une riche programmation a été concocté, samedi dernier en soirée à Alger, par le Haut Commissariat à l’Amazighité (HCA), à l’occasion du mois de Ramadhan. Il s’agit d’une soirée mozabite animée par l’association «Izelwen Mzab». Au programme, un exposé sur le patrimoine immatériel mozabite présenté par l’universitaire Nouh Abdellah, appuyé par un récital poétique animé par trois jeunes : Hadj Mohamed Tirichine, Abdellah Nouh, Mohamed Tirichine. Le public présent en grand nombre a assisté à la remise des attestations à la première promotion du cours d’alphabétisation en tamazight initié par le HCA. La fin de la soirée a été rehaussée par un chant polyphonique en tamazight, arabe et français, par la chorale de l’association «Izelwen Mzab», en présence du compositeur Blidi Djabiri. Cette soirée, qui entre dans le cadre d’un cycle bimensuel intitulé «Les samedis de l’amazighité», a vu la participation d’un notable de la région de Beni Izeguen, Salah Blidi. Expliquant les aspects religieux et social du Ramadhan au Mzab, il dira : «Ce rituel n’est pas menacé par la modernité et encore moins par les effets de la mondialisation, vu qu’on le sauvegarde jalousement. C’est un legs. Il faut savoir que le mois de Ramadhan est sacré. La preuve, on le célèbre un mois avant sa venue. On se prépare pour marquer cette date, avec des prières, des halqates (rassemblements) au niveau de la mosquée qui reste ouverte durant toute la journée. La particularité aussi du jeûne au Mzab, c’est que les gens rompent le jeûne avec le minimum pour pouvoir se consacrer aux prières et profiter des prêches». Il poursuit : «De retour à la maison, on célèbre aussi, avec faste et ferveur, le jeûne des enfants (filles et garçons), surtout ceux qui le font pour la première fois. On leur offre un habit neuf, puis on leur prépare des boules en forme de carré nommée Takdort, un mélange de dattes, blé, lait caillé et matières grasses. Cette cérémonie qui se déroule en présence des membres de la famille, encouragera les enfants dans cette épreuve religieuse». Il évoquera ensuite la solidarité organisée par les Mozabites au profit des nécessiteux. «Au mois de Ramadhan, la société mozabite s’attelle à ce que tout le monde ne manque de rien. Des structures sociales mettent à la disposition des nécessiteux des moyens pour pouvoir s’approvisionner en denrées alimentaires nécessaires, et cela ce passe dans l’anonymat. En somme, la société mozabite sauvegarde ses traditions et ses coutumes issues de notre religion. Nous lançons un appel pour qu’il y ait davantage d’échanges entre les différentes wilayas du pays». Si El Hachemi Assad, secrétaire général du HCA, déclare : «Ce qui est important pour cette première soirée du programme de Ramadhan que nous avons tracé, c’est de comprendre les rituels sacrés du mois de Ramadhan dans la région de Ghardaïa et spécialement dans la vallée du M’zab et Beni Izeguen. On a donné la possibilité à une association locale d’être l’invitée d’honneur du HCA et de venir à Alger pour faire une démonstration de cette richesse culturelle, patrimoniale et immatérielle. La particularité du patrimoine mozabite, c’est qu’il est spécifique par son attachement à la religion. C’est aussi l’occasion de dire qu’il est possible de travailler en direction du mouvement associatif et faire connaître cette diversité, c’est un peu l’objectif tracé par ce programme ramadhanesque du HCA, qui sera suivi par d’autres rendez-vous. La semaine prochaine, nous mettrons en valeur le patrimoine des Aurès».

Samira Sidhoum Horizons du lundi 21 juin 2015

-0-

Entretien avec Si El Hachemi Assad :

Tamazight a de l’avenir en Algérie

  La promotion de la langue amazighe en langue nationale dans la Constitution, concrètement cela donne quoi ?

La constitutionnalisation de tamazight est visible de par l’implication des institutions, donc, ce n’est plus l’affaire du HCA. Tamazight est présente dans les écoles avec une prise en charge. On essaye d’améliorer et de parfaire parce qu’il existe des problèmes par rapport à l’enseignement, l’élargissement et la généralisation graduelle. On est dans un processus, on veut améliorer les choses et on annonce une perspective intéressante avec le ministère de l’Education nationale pour une généralisation graduelle et planifiée de tamazight. Elle est visible dans un autre registre qui est la communication. Le dernier travail accompli avec le ministère de la Communication, c’est l’APS qui a mis en chantier un journal en tamazight. C’est un saut qualitatif salué par le HCA. Nous devons nous investir davantage avec cette équipe rédactionnelle de l’APS pour assurer la pérennité de cette mission, et impliquer d’autres partenaires. La presse doit suivre l’exemple de l’APS. Il faut traduire tamazight au quotidien. On est en train de travailler dans la sérénité pour le grand chantier qu’est le dictionnaire de tamazight qui doit être pris en charge par une équipe pluridisciplinaire, avec des moyens exceptionnels.

 Quels genres de moyens ?

Des ressources humaines. Il faut créer un réseau universitaire avec les quatre départements de langue et culture amazighs que nous avons et que nous devons renforcer, et multiplier et accompagner les efforts du HCA pour prendre en charge et renforcer la place de tamazight à l’université.

  Vous avez effectué plusieurs sorties sur le territoire national. Est-ce qu’aujourd’hui en tant que spécialiste, on peut dire que la langue amazighe se porte bien ? Est-ce qu’elle est suffisamment enseignée ?

Tamazight se porte bien en Algérie, il faut lui donner plus de moyens, lui offrir les conditions favorables pour son épanouissement, c’est-à-dire lui épargner cette récupération et surenchère politiciennes. Il faut la prendre en charge dans ce registre, la travailler, lui préparer le terrain avec d’autres créneaux institutionnels. Je pense que tamazight avec d’autres secteurs, c’est l’axe prioritaire, la feuille de route du HCA. Très prochainement, on la prendra en charge, dans le cadre des commissions mixtes avec d’autres départements ministériels, en l’occurrence l’Enseignement supérieur, l’Intérieur, la Jeunesse. On ouvre des horizons pour la promotion de tamazight. Concernant son enseignement, je pense que sur le plan numérique, il y a des avancées qui sont visibles notamment le contingent des élèves, le nombre d’enseignants. Cela reste toutefois insuffisant. On est en train d’établir le bilan de cet enseignement. Nous espérons sortir du cap des 11 wilayas où tamazight est enseignée. On va toucher, l’année prochaine, une vingtaine de wilayas. On va donc vers une généralisation graduelle et planifiée.

 Quelles sont les difficultés que vous rencontrez sur le terrain ?

Les problèmes pédagogiques et bureaucratiques. Ce genre de problèmes est d’actualité à travers quelques wilayas.

 Quelle vision avez-vous de l’avenir de tamazight, langue et culture ?

Une vision pragmatique, tamazight a de l’avenir en Algérie, tamazight est un facteur de cohésion sociale. Elle doit trouver sa place légitime à l’école et à l’université et dans le système de communication. On doit faire un effort. Il est de notre devoir et de la responsabilité des pouvoirs publics de renforcer la place de tamazight.

Samira Sidhoum Horizons du lundi 21 juin 2015