L’un des plus important point inhérent à l’enseignement de tamazight consiste en la formation des formateurs. Où en est-on au juste ?
M. Youcef Merahi, sécretaire général du Haut Commissariat à l’Amazighité (HCA), a saisi l’opportunité de la nomination du nouveau gouvernement pour demander que le dossier de l’amazighité « soit mieux considéré » et que les trois dimensions qui font notre identité nationale soient « schématisées par un triangle équilatéral ».
Lors de la journée d’étude organisée, hier, au centre de presse d’El Moudjahid, avec pour thématique l’évolution du dossier de l’amazighité en Algérie, le SG du HCA, qui a regretté que cette instance ne soit plus une force de proposition, a appelé à ce que soit relancé le débat sur la nécessité d’établir un état des lieux et notamment les chapitres de l’enseignement de cette langue et son utilisation dans la communication. Selon lui, beaucoup de choses sont à reprocher à l’enseignement de tamazight, considéré tout de même comme un grand acquis. Pour le SG du HCA un net recul a été enregistré. « A titre d’exemple, 17 ans après, l’enseignement se fait toujours à titre expérimental. C’est encore une matière facultative et il n’y a pas encore une école normale qui forme des enseignants ». M. Merahi trouve aberrant que l’enseignement de la langue amazigh soit soumis à une autorisation parentale ou que le prix du manuel scolaire soit le plus élevé. A propos de la place de tamazight dans le secteur de la communication l’intervenant estime que « beaucoup de choses restent à faire ». Evoquant la chaîne de télévision en expression amazigh (TV4) lancée en 2009, Youcef Merahi estime que cette chaîne «ne reflète pas réellement la réalité vécue par les Algériens». Partant de ce constat, il estime que les programmes doivent être revus. Pour le SG du HCA, l’évolution du dossier de l’amazighité est confronté à des lourdeurs bureaucratiques qui ne peuvent être levées que grâce à une volonté politique généreuse pour faire avancer les choses. Car dira-t-il face à notre discours militant, nous sommes confrontés à un discours bureaucratique « aujourd’hui, le tamazight est orphelin dans son pays ».
Merahi estime que l’enseignement d’une langue maternelle doit être obligatoire au même titre que la langue arabe. A la question, d’un confrère sur l’officialisation de la langue amazigh, M. Merahi répondra que sur ce point précis deux thèses s’affrontent. La première qui s’oppose, mais d’une manière pernicieuse, en arguant qu’il faut d’abord préparer le terrain, et l’autre qui demande à ce que soit décrétée l’officialisation, et de là découleront tous les textes. En somme, le SG du HCA dit qu’il ne demande pas la lune. Au vu de la demande sociale, ses revendications se résument : en l’obligation de l’enseignement de l’amazigh pour le sortir de l’expérimental et l’optionnel ; l’ouverture d’une école normale pour former les formateurs ; la création, sur fonds publics, d’un journal édité en langue tamazight et la voir étalée sur les frontons des administrations et les plaques de signalisation. Toutes ces propositions ont été les principaux axes du rapport remis au Chef de l’Etat il y a de cela 15 jours.
Youcef Merahi a également déploré le fait que le HCA soit sans président depuis le décès en 2004, du regretté Idir Aït Amrane. Dans sa communication, présentant la journée d’étude, le directeur de la promotion culturelle au HCA, M. Si El Hachemi Assad, est revenu sur le parcours du HCA, dont la principale mission reste la consolidation de tamazight dans notre pays. Cette année, le Haut-Commissariat à l’Amazighité bouclera ses 17 ans sur l’échiquier institutionnel.
Si beaucoup a été fait, beaucoup reste à faire. Pour M. Assad, le principal objectif est l’audit de l’introduction de tamazight dans les systèmes d’enseignement et de la communication. Pour cela, dit-il, il faut l’implication des départements ministériels concernés. Le conférencier a de son côté appelé à la mise place d’un instrument à l’exemple du Comité ministériel (CIM) afin de rendre exécutoire les décisions prises par le HCA. Celui-ci, dira-t-il, doit être un instrument d’accompagnement dans la gestion du dossier de l’amazighité par les différents ministères partenaires. Par ailleurs, M. Assad n’a pas manqué de signaler que le HCA occupe un siège inapproprié. Une situation qui rend difficile le fonctionnement de ses services administratifs.
Nora Chergui
Nora Chergui | El Moudjahid – 6 septembre 2012