La question de l’enseignement obligatoire de Tamazight et sa généralisation à toutes les régions du pays, demeure la préoccupation principale des instances en charge de réaliser cet objectif. En tête desquelles le HCA, l’institution dont Si El Hachemi Assad assure le secrétariat général depuis bientôt trois ans.

En déplacement jeudi à Paris, où il a visité l’école internationale algérienne, M. Assad n’a pas hésité à livrer à ses interlocuteurs ses espoirs et ses inquiétudes quant à l’impératif de généralisation de l’enseignement de Tamazight. « Il faut réunir les conditions nécessaires à la réalisation de cet objectif », a-t-il dit en réponse à la question du journaliste en poste au bureau APS de Paris, suggérant par là, l’idée que ces conditions ne sont toujours pas de mise. Faute, sans doute, d’une volonté de la part des plus hautes autorités, et d’une prise de conscience chez des parents pas à cheval sur l’apprentissage par leurs enfants de la seule langue authentiquement algérienne. C’est pourquoi, dans la  suite immédiate de son propos, il explique : "Il y a un travail de fond qu’il faudra faire en direction des parents d’élèves, et les sensibiliser sur la nécessité de réunir toutes les conditions pour la réussite de la généralisation de l’enseignement de Tamazight en Algérie". Pourtant d’autres wilayas du pays s’apprêtent à accueillir la rentrée prochaine des classes de Tamazight, comme promis vers la fin de l’année écoulée par Nouria Benghebrit, la ministre de l’Éducation, à l’occasion d’une action conjointe de son département avec celui de Si El Hachemi Assad.

De nouvelles wilayas la rentrée prochaine

Ce dernier craint-il, à ce sujet, le risque de quelques pas en arrière après qu’un seul, et à l’initiative de seulement Mme Benghebrit, a jusque-là témoigné de la volonté de l’État d’aller de l’avant ? Prudent, l’homme préfère s’en tenir à l’engagement de la tutelle de l’éducation de faire du HCA un partenaire dans l’œuvre de généralisation au reste du pays de l’enseignement amazigh, lequel a porté sur une extension graduelle de scolarisation en classes amazighes jusqu’à atteindre 100% du territoire algérien. " La prochaine année scolaire, ce sont les wilayas de Tébessa, Tindouf et Mila qui accueilleront pour un enseignement facultatif tamazight, pendant qu’un effort particulier sera fait pour consolider cet enseignement en France", a-t-il expliqué, soulignant que le caractère "facultatif" de l’enseignement de cette langue reste "un obstacle qu’il faudra un jour surmonter". Un jour ? M. Assad n’ignore pourtant pas que tout projet prévu un jour sans date précise est un projet remis de fait aux calendes grecques. Or sa mission de concrétiser le projet amazigh suivant à un plan d’action clair l’oblige à faire de la précision une règle de travail et à ne rien laisser au hasard. Ce à quoi, sans détours aucun, il répond : "Il y a un travail de fond qui est en train de se faire dans le cadre de la commission mixte HCA-ministère de l’Éducation nationale. Notre proposition c’est d’amender la loi de l’orientation (scolaire) pour faire sauter le verrou du caractère facultatif de l’enseignement de cette langue", a-t-il dit.

Un verrou malgré la Constitution révisée ?

Mais, depuis la promulgation de la Constitution récemment révisée, le verrou en question met en porte à faux avec la Loi fondamentale celle relative à l’orientation scolaire, en vigueur depuis l’année 2008. "Depuis 2014, une passerelle a été établie entre le HCA et le ministère. Un protocole qui a été passé entre les deux institutions, définit cette stratégie. Il faudra, pour le moment, contourner cet obstacle, par un travail de sensibilisation, avec comme objectif l’amendement de la loi et un travail est en train d’être mené dans ce sens pour faire des propositions. En attendant, nous sommes tombés sur un consensus, et c’est notre proposition, une généralisation graduelle de la généralisation de l’enseignement de Tamazight". Convaincant ? A défaut de grives… dit le proverbe. Bref, pour le HCA la poursuite d’un objectif n’empêche cependant pas la mise en œuvre d’un  plan complémentaire d’alphabétisation amazighe. Et c'est dans cette perspective que M. Assad a rappelé le lancement, depuis l’année en cours, par le HCA avec le concours de l'Office national d'alphabétisation et d'enseignement pour adultes et l’association IQRAA, d’un programme d’enseignement de cette langue nationale pour les adultes qui le souhaitent. Concernant sa visite en France, le SG du HCA a indiqué qu’elle s’inscrit dans le cadre d’un engagement avec le ministère de l’Éducation nationale et d’un programme de suivi de l’enseignement de Tamazight en Algérie et en France à travers l'enseignement de la langue et de la culture d'origine (ELCO-Algérie) et l’École internationale algérienne de Paris, institutions sous tutelle du ministère de l’Éducation.

Tamazight déjà sur les rails ?

Pour lui, depuis 2014, "les choses avancent" à l’ELCO et l’école internationale algérienne. "C’est une occasion pour moi de discuter avec les responsables de ces deux institutions, avec les enseignants, évoquer les problèmes pédagogiques et voir comment renforcer cette passerelle", a-t-il précisé, ajoutant que le HCA "peut soutenir cet enseignement à partir d’Alger par le renforcement du corps enseignant, les faire bénéficier de cycles de formation qu’organise le HCA".

Au sujet de la formation, Si EL Hachemi Assad a expliqué qu’elle est inscrite en "bonne place" dans la feuille de route conjointe.

"Le HCA a 24 rendez-vous de formation destinés aux enseignants de Tamazight. Depuis 2014, nous sommes avec le ministère de l’Education nationale sur un programme consensuel en matière de formation compte tenue d’une demande importante d’enseignants de Tamazight", a-t-il souligné, indiquant qu’en 2016, il existe 2600 enseignants de Tamazight.

Il a ajouté qu’une formation "accélérée" sera dispensée, cette année, pour les nouveaux enseignants, sachant qu’il y a environ 500 postes budgétaires qui ont été dégagés pour l’année prochaine.

"Il faudra également prendre en charge la demande des enseignants qui exercent en France", a-t-il ajouté, précisant par ailleurs que sa présence à Paris lui permettra d’avoir des contacts avec le monde artistique et le mouvement associatif afin de donner "plus de visibilité" aux efforts déployés pour l’enseignement de cette langue. Tamazight déjà sur rails ? C’est en tout cas tout le sens de  l’effort fait pour cet objectif par M. Assad et Mme Benghebrit, deux responsables dont l’action, chacun en ce qui le concerne, vise à faire de  cette autre langue maternelle, langue présentement nationale et officielle, une langue d’études et d’acquisition de savoir.

Fodil M. La Cité du lundi 16 mai 2016