La Cité - Le tifinagh à l’honneur à Ilizi

Le Haut Commissariat à l’Amazighité organise depuis hier, samedi, un colloque sous le thème «Tifinagh, une norme à valoriser». Cette manifestation se poursuit, aujourd’hui, à Djanet dans la wilaya d’Illizi.
Le chef de Daïra, le Président de la Commune de Djanet ainsi que Si El Hachemi Assad, Secrétaire Général du HCA ont donné hier le coup d’envoi de ces deux journées d’études.
Si El Hachemi Assad, qui se dit très heureux d’organiser cette rencontre scientifique dans cette terre envoûtante de Djanet ; dira que cette rencontre à Djanet est motivée par le fait que «son institution veille à ce que la dimension nationale soit avec une stratégie pragmatique et permettre une large visibilité».
Pour lui la dimension amazighe, qui doit être garantie, passe par l’enseignement de tamazight dans cette région berbérophone. Il plaide, aussi, pour la berbérisation de l’environnement en allouant un budget pour ériger des plaques indicatrices en tifinagh, élargir aussi la plage horaire en tamazight à la radio d’Illizi et ajouter des prénoms touaregs à la nomenclature officielle.
Réhabilitation du patrimoine orale amazigh
Mme Aïyachia, qui représente l’ONDA, a souligné, de son côté, l’importance de son institution qui reste un partenaire important du HCA soit pour soutenir l’édition de livres en tamazight, soutenir les productions du festival du film amazigh et toutes les actions que mène cette institution amazighe. Salima Gaoua, directrice de la Maison de la Culture de la wilaya de Béjaia a remercié les habitants de Djanet pour l’accueil chaleureux et a remercié, à cet effet, l’engagement qu’a pris le HCA pour garantir la convention signée conjointement. Elle appellera, aussi, les responsables de la culture de la wilaya d’Illizi à signer un projet de jumelage entre leurs institutions. Hamid Bilek, sous-directeur au sein de cette instance rattachée à la présidence dira que parmi les différentes missions du HCA, c’est surtout la réhabilitation du patrimoine orale amazigh notamment le système de fixation graphique ancestral. «Cette rencontre, explique-t-il, s’inscrit dans la continuité du colloque organisé en 2007 sous le thème «Le libyco-berbère ou le tifinagh, de l’authenticité à l’usage graphique» et de conclure «nous espérons que cette rencontre réponde à nos aspiration». Au total, neuf conférences ont été données dans la journée d’hier. Brahim Ben Abderrahmane, chercheur à Tamanrasset soulignera que rien ne pourra remplacer une graphie ancestrale, une graphie authentique qui a su survivre à toutes les agressions infligées par le temps. «La solution pour que cette graphie survive encore, dira-t-il, est que cette écriture véhicule la modernité et les savoirs actuels, en intégrant aussi les technologies comme la téléphonie et les logiciels informatiques». La deuxième conférence a été présentée par Hacène Halouane, de l’université de Tizi-Ouzou, chercheur et animateur de la radio nationale sous le thème : «Comment transcrire tamazight» il affirmera que toutes les langues peuvent se transcrire dans différents systèmes graphiques. A cet effet, il cite l’exemple de la langue amazighe qui demeure victime de la polygraphie. «Devrions-nous abandonner le caractère latin qui a une tradition de plus de deux siècles surtout que chaque instant de retard est un atermoiement à la langue amazighe qui a besoin de stabilité »s’est-il interrogé.
Une gestion plurilingue du territoire multilingue
Le dernier conférencier, Hamza Mohamed, enseignant de tamazight à Tamanrasset et défenseur de l’utilisation du caractère tifinagh a exposé, quant à lui, son expérience dans l’enseignement du tamazight aux apprenants touaregs. Selon lui, le berbère doit être enseigné dans sa graphie originelle qui est le tifinagh. «Le tifinagh, explique-t-il, avec tous les problèmes qu’il présente doit être promue, il a fallu du temps à toutes les graphies pour qu’elles soient stables et codifiées, pourquoi donc bousculer cette graphie».
Les apprenants, est-il souligné, ne sont persuadés d’apprendre le tamazight que dans la graphie tifinagh car le fait d’utiliser le caractère gréco-latin est considéré par les apprenants comme une langue étrangère «Les chinois utilisent plus de six mille pictogramme et idéographies et assument leur graphie, pourquoi donc ce mépris envers notre écriture asymétrique ?» conclu-t-il. Enfin, Zidane Yacine, auteur et journaliste a présenté une communication sous l’intitulé «Enseignement du touareg à l’université : cas du département amazigh de l’université de Béjaia». L’orateur a présenté l’enseignement de cette variante berbère du Sud, le contenu enseigné et les objectifs assignés par ce module. Puis, il a présenté sa propre expérience dans cet enseignement et la méthode proposée. A cet effet, il ne manquera pas de souligner l’importance de ces modules d’enseignements tout en regrettant que l’administration ne donne pas beaucoup d’importance à ces dialectes qui définissent cette licence amazighe. «Il est plus qu’indispensable de revaloriser l’enseignement des trois dialectes au sein du département amazigh, sinon il faut changer le nom de la licence en licence du kabyle» dira-t-il. Il présente, à cet effet, son dernier livre qui sera édité sous peu aux éditions du HCA. Un ouvrage de 300 pages répartit sur six chapitres et intitulé : «Manuel d’apprentissage du touareg».
Ahmed Boualili, enseignant à l’université de Tizi-Ouzou a donné une communication sous le thème : «Appel à une gestion plurilingue du territoire multilingue », en remettant en cause la politique linguistique prônée par l’Algérie, Dans sa communication, l’orateur souligne la nécessité de prendre en charge l’aménagement linguistique.
Rachid Mellal, enseignant à l’université de Tizi-Ouzou a entamé une recherche sociolinguistique en communiquant sur les attitudes des lycéens amazighiphones vis-à-vis de la graphie tifinagh utilisée, particulièrement, dans la région du Sud d’Algérie.
Le sociolinguiste et chercheur Mouloud Lounaouci, dernier conférencier, a abordé le thème «Ecrire tamazight : du caractère symbolique au caractère pragmatique». L’ensemble des participants sera présent aujourd’hui au CEM BachirEl-Ibrahimi de Djanet pour un cours modèle qui sera présenté par l’enseignant Mohamed Hamza. Une sortie sur le terrain est prévue et sera encadrée par le Docteur en archéologie en la personne d’Ait Kaci Ali. Une rencontre est même prévue avec les acteurs culturels amazighs de Djanet. Pour rappel, deux expositions sont prévues en marge de ces deux journées d’études : l’une portant sur la calligraphie amazighe et l’autre portant sur les livres édités, à ce jour, par le HCA.
Amastan Z.



